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mercredi 1 avril 2015

Conférence - événement de Houzan Mahmoud : mercredi 8 avril

Osez le féminisme! 59 vous informe de la tenue de cette conférence, qui sera l'occasion d'en savoir davantage sur la situation des femmes en Irak, 
et d'échanger sur les enjeux liés à la solidarité féministe internationale.
Soyons nombreuses et nombreux à cet événement!


samedi 22 novembre 2014

Action Ruban blanc le 25 novembre

Dans le cadre de la Campagne du « Ruban Blanc » qui aura lieu cette année du 25 novembre au 06 décembre, Osez le féminisme ! 59 participera à une action initiée par l'association SOS violences conjugales Ecoute Brunehaut .



Retrouvons-nous le mardi 25 novembre à 18h place de la République à Lille.
Habillez-vous de blanc !
Nous formerons ainsi une chaîne humaine en forme de ruban.


En portant ce symbole international qu’est devenu le Ruban Blanc, femmes et hommes affichent publiquement leur désapprobation envers toutes formes de violence faites aux femmes (agressions physiques, psychologiques, verbales, menaces et intimidations, violences sexuelles, chantage économique,…)

La campagne du « Ruban Blanc », aujourd’hui relayée dans de nombreux pays, prend sa source au Canada suite à la tuerie du 6 décembre 1989 à l’Ecole Polytechnique de Montréal, où 14 jeunes femmes ont été assassinées, simplement parce qu’elles étaient des femmes.

En 1991, le Parlement du Canada choisit cette date du 6 décembre pour instaurer la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Cette Journée permet non seulement de se souvenir de ce triste évènement mais elle est également l’occasion de se questionner sur les violences faites aux femmes.

La journée du 25 novembre, choisie cette année à Lille pour mener l’action du « Ruban Blanc » est, quant à elle, proclamée le 17 décembre 1999 par l’ONU comme étant la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Elle a pour but d’inviter les gouvernements, les organisations internationales et organisations non gouvernementales à organiser et à participer à des activités conçues pour sensibiliser l’opinion aux problèmes des violences faites aux femmes.

Cette date trouve son origine en République Dominicaine où, le 25 novembre 1960, les trois sœurs Mirabal sont assassinées sous l’ordre du chef d’Etat Rafael Trujillo, pour avoir lutté pour leurs droits.

Participer à cette action du « Ruban Blanc » sera pour nous l'occasion de rappeler quelques chiffres inacceptables (chaque année en France, 201 000 femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint, 83 000 femmes sont victimes de viols ou tentatives de viols,….) mais aussi de sensibiliser le plus grand nombre sur la notion de féminicide, thème de notre prochaine campagne nationale.

En effet, Osez le féminisme ! a lancé le vendredi 22 novembre une vaste campagne pour la reconnaissance légale du féminicide. On le sait, les actes de violence à l’égard des femmes sont de nature très diverses, pouvant aller du harcèlement verbal et d’autres formes de maltraitance psychologique, aux violences physiques ou sexuelles quotidiennes. Au bout de cette spirale de violence, on trouve la forme la plus extrême : le féminicide, c’est-à-dire le meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme.

Lutter pour la reconnaissance juridique du féminicide et contre toutes les formes de violence faites aux femmes nous semble une priorité. C’est pourquoi nous participerons à l’action du « Ruban Blanc » où nous espérons vous retrouver en nombre pour ce grand moment de mobilisation du mois de novembre.

dessin d'Alex, militante
Suzanne et Laurence


Sources

SOS violences conjugales Ecoute Brunehaut www.violencesconjugales5962.fr

Vous vous souvenez ? Nous avons écrit un article sur Ecoute Brunehaut l'année dernière, il est à lire et à relire ici : "Portrait associatif #2 : Ecoute Brunehaut et Brunehaut Enfant"

8 mars, "Portez le Ruban Blanc, contre la violence machiste", 8mars.info/portez-le-ruban-blanc

Condition féminine Canada, « Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes (6 décembre) », http://www.swc-cfc.gc.ca/commemoration/vaw-vff/rememberance-commemoration-fra.html

Nations Unies, « Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes », http://www.un.org/fr/events/endviolenceday/background.shtml

Ministère des droits des femmes, « Violences faites aux femmes », Vers l'égalité réelle entre les femmes et les hommes - Chiffres clés édition 2014, http://femmes.gouv.fr/wp-content/uploads/2014/03/Egalite_Femmes_Hommes_T6_bd.pdf

Aude Lorriaux, « Faut-il reconnaître le «féminicide» dans le droit français? », Slate.fr, 12 novembre 2014, http://www.slate.fr/story/94363/feminicide

Organisation mondiale de la santé, « Comprendre et lutter contre la violence à l’égard des femmes : le féminicide », 2012, http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/86253/1/WHO_RHR_12.38_fre.pdf

Osez le féminisme !, "Reconnaissons le féminicide", communiqué de presse du 22 novembre 2014, http://www.osezlefeminisme.fr/article/reconnaissons-le-feminicide-communique-de-presse-du-vendredi-22-novembre-2014


mercredi 27 novembre 2013

Non, les victimes de la prostitution ne sont pas les riverain-e-s !

Un article de Métronews publié dans le journal du 15 novembre 2013 à propos de la prostitution de rue à La Madeleine relate des propos du maire de la commune. Ceux-ci nous ont choqué. Voici la lettre que nous lui adressons. 

Monsieur Le Maire,

Osez Le Féminisme ! 59 tenait à s’indigner publiquement et officiellement de vos propos qui ont été relayés dans l’article « La Madeleine fait face à la prostitution » paru dans le journal Métro du 15/11/2013.

Vous y expliquez que La Madeleine est témoin de l’arrivée de personnes en situation de prostitution, des « jeunes filles d'origine rom, dont certaines sont mineures, et qui sont exploitées par des souteneurs sans scrupule », avant de conclure par la phrase suivante : « les vraies victimes, ce sont les riverains ».

En tant que membres d’une association citoyenne et féministe qui est alertée sur la violence machiste qu’engendre la prostitution et travaille avec des associations accompagnant ces femmes sur le terrain, nous avons été profondément choqué-e-s par ce discours. Le gouffre est immense entre la gravité des situations rencontrées par les riverain-e-s et ces femmes que vous identifiez vous-même comme victimes de la traite. La phrase traduit au mieux un manque de connaissance de cette question et au pire un discours démagogue et inquiétant  de la part d’un élu de la République. Dans tous les cas, votre parole stigmatise ces femmes étant vues comme des “coupables”, alors qu'elles sont avant tout des victimes.

Les violences subies par les personnes en situation de prostitution sont majeures. Pour ne vous lister que quelques faits, nous vous rappelons que :
  • les personnes en situation de prostitution subissent des violences physiques intenses et répétées dans le cadre de cette pratique, et développent pour la plupart des syndromes post traumatiques similaires à ceux des victimes de guerre.
  • une personne en situation de prostitution a 120 fois plus de risque de mourir d’une mort violente que toute autre personne
  • comme vous l’évoquiez, ce sont des réseaux mafieux et illégaux qui prostituent principalement ces femmes, quitte à les dresser dans des camps de viols sordides, en France, et même dans la métropole lilloise.
Bien que gravissime, la situation de ces femmes est très peu relayée dans les médias. Avec votre phrase « les vraies victimes, ce sont les riverains  », vous contribuez à l’invisibilisation de la violence faites à ces femmes, et vous leur ôtez le statut de victimes essentielles du système prostitueur. Ce comportement n’est pas acceptable de la part d’un élu de la République.

Espérant que vos propos aient été avant tout maladroits, nous vous demandons de publier un communiqué pour présenter vos excuses officielles pour ce discours en décalage complet avec la détresse rencontrée par les victimes de la prostitution. Enfin, nous ne pouvons que vous conseiller de vous rapprocher des associations locales ayant une expertise sur la question pour mieux prendre la mesure de cette problématique. Nous nous tenons à votre disposition pour vous transmettre leurs coordonnées ainsi que pour échanger avec vous sur la question de la prostitution.

Cordialement,


Osez Le Féminisme! 59

mardi 5 novembre 2013

Réunion mensuelle novembre

Notre prochaine réunion mensuelle aura lieu le 

jeudi 7 novembre 2013 à 19h30 

Elle portera sur la harcèlement de rue. N'hésitez pas à venir, nos réunions sont ouvertes à toutes et tous !

A l'ordre du jour :
1. Un mot sur Osez le Féminisme!

2. Un point sur l'actualité 

3. Le coup de gueule du jour (nouvelle rubrique 2013)

4. La petite histoire de... (encore une nouvelle rubrique)

5. Quid du harcèlement de rue et de la campagne à mener

6. Les plus motivé-e-s reprennent un verre, les autres rentrent :-)

A très vite !


mardi 15 octobre 2013

Portrait associatif #2 / Ecoute Brunehaut et Brunehaut Enfant


Rencontre avec Oriane Van Den Berghe, éducatrice spécialisée, 
et Clémentine Gorisse, psychologue de l'association

“Ecoute Brunehaut et Brunehaut Enfant”

Association spécialisée dans les violences conjugales

Zoom sur le parcours professionnel  d’Oriane et Clémentine

Oriane Van Den Berghe est diplômée d’une licence de sociologie et éducatrice spécialisée de formation. C’est lors d’un stage dans un centre d’hébergement pour femmes et enfants qu’elle prend conscience du rôle des violences conjugales dans la précarisation de beaucoup de femmes. Au fur et à mesure de sa pratique, elle devient militante, se rendant compte que “La situation actuelle des femmes est très fragile.”. Elle travaille au Service Brunehaut Enfant depuis maintenant trois ans.

Le diplôme de Psychologue en poche, Clémentine Gorisse, est entrée au service Brunehaut Enfant après avoir travaillé au service Ecoute Brunehaut et avoir réalisé un stage dans un centre d’hébergement pour femmes et enfants au sein de l’association Accueil et Réinsertion Sociale. Pour Clémentine “Le féminisme fut d’abord une lutte révolue, je l’imaginais plutôt pour les femmes d’autres pays. Finalement depuis que je travaille ici et avec le travail de prévention que nous effectuons, ma pensée a évolué.”.

Oriane et Clémentine

Présentez nous votre association...

Dites-nous quand et comment est née “Ecoute Brunehaut enfant” ?
A l’origine, Monsieur Jalain est Directeur Général de l’association “Accueil et Réinsertion Sociale” (ARS) qui comprend plusieurs foyers et services d’accueil et d’accompagnement pour les femmes avec ou sans enfants. Lorsqu’il comprend que 80% des femmes accueillies dans les foyers sont victimes de violences conjugales, il décide de créer le pôle Brunehaut. Ce pôle ouvre à Liévin en 2002 et propose alors un service d’écoute téléphonique, un service d’écoute sur entretien ainsi qu’un service d’accompagnement aux démarches administratives en lien avec les violences conjugales (médecine légale, avocat...). En janvier 2005, l’antenne de Lille est créée. En 2006, à Fives, nous créons un service d’hébergement avec l’ouverture de chambres de transit. Ensuite, une réflexion importante sur la souffrance des enfants voit le jour et entraîne la naissance du service “Brunehaut Enfant” en 2009.


Quels en sont les objectifs, quels sont vos champs d’action ?
L’écoute, l’accueil, l’accompagnement et l’hébergement des femmes victimes de violences conjugales sont nos priorités.

Avant toute chose, nous respectons le rythme de chaque femme qui vient nous solliciter. Par exemple, certaines femmes ne veulent pas quitter leur conjoint violent, certaines arrivent en nous disant “je vous préviens, je ne quitterai pas mon mari”. Nous leur apportons alors un soutien adapté afin qu’elles s’en sortent tout en respectant leur volonté. Notre rôle n’est pas de définir ce que signifie “s’en sortir”, notre rôle est de savoir s’adapter à la demande de chaque femme et de trouver des solutions en conséquence.  

Nous accueillons également les enfants exposés à la violence conjugale et proposons un suivi psychologique lorsque la mère le demande. Un travail peut se faire en parallèle par un soutien apporté aux mères victimes.

La prévention contre les violences sexistes en milieu scolaire fait aussi partie de nos missions et ce, dès la maternelle. Nous cherchons à amorcer une réflexion sur les représentations des rapports entre garçons et filles chez les enfants et les jeunes. Notre objectif est d’amener les générations futures à des rapports plus égalitaires et ainsi de réduire les violences conjugales.

Nous avons aussi une mission de sensibilisation auprès des futurs professionnels, notamment auprès des travailleurs sociaux.

Enfin, nous faisons partie de la Fédération Nationale Solidarité Femmes, qui gère le service téléphonique national d'écoute « Violences Conjugales - Femmes Infos Services ». Le 3919 est un numéro d’écoute anonyme, gratuit depuis un téléphone fixe.

Les violences

Comment définissez-vous les violences conjugales ?
La violence conjugale est un processus de domination qu’exerce l’homme sur la femme dans le cadre d’une relation privilégiée. Cette violence peut être psychologique, physique, sexuelle, économique, administrative... La force de cette domination est telle que cette violence conjugale peut même continuer après la rupture. Nous le constatons aussi chez les enfants qui continuent d’être exposés à la violence après la séparation des parents.

Quelles situations rencontrez-vous le plus souvent ?
La violence psychologique est la plus récurrente. Bien sûr, chaque histoire est unique mais nous retrouvons toujours les mêmes phases du cycle de violence : l’accumulation des tensions au sein du couple, la crise de violence verbale, physique ou sexuelle, la déresponsabilisation de l’agresseur puis le retour à la lune de miel (plus de détails sur le site de l’association).


Quelles sont les difficultés les plus fréquentes ?
Nous constatons que de nombreux professionnels ne reconnaissent pas le phénomène de violences conjugales. Certains travailleurs sociaux, se retrouvent face à des situations où ils se positionnent uniquement sur la famille, sans prendre en compte le passé des violences conjugales. Quand un enfant ne veut plus voir un de ces parents, on pense forcément qu’on lui a interdit. Mais si vous saviez le nombre d’enfants qui ont peur pour leur mère parce qu’ils sont persuadés qu’elles auraient pu mourir sous les coups ! Les professionnels dédramatisent la violence conjugale et vont même jusqu’à la taire. Pour eux, les enfants doivent oublier. Une femme sur dix est victime de violences conjugales, ne l’oublions pas !

Qu’en est -il de la situation dans le Nord Pas de Calais ?
Dans le Pas-De-Calais, les auteurs de violences conjugales peuvent disposer d’alternatives aux poursuites avec l’intégration de groupes de responsabilisation par exemple. Par contre, dans le Nord, il n’existe aucune prise en charge spécifique mis à part le dispositif TREVH (Temps de recherche et d'évaluation de la violence des hommes) de l’Association intercommunale d'aide aux victimes et de médiation.(AIAVM)

Quelles évolutions avez-vous noté depuis la création de l’€™association ?
Une amélioration de l’accueil dans les commissariats. Les policiers sont maintenant formés une fois par an et la loi semble mieux appliquée.
Concernant une possible baisse des violences physiques, c’est difficile à mesurer car nous avons peu de statistiques.

Dites nous quelles sont les démarches à suivre, vers qui on peux se tourner ?

Quel premier conseil donnez-vous à une personne victime de violence ?
Il est important de sortir de sa solitude, de commencer à en parler et si possible de se tourner vers des personnes capables d’écouter sans porter un jugement. C’est parfois compliqué de trouver une telle personne car les proches connaissent l’auteur, et ils peuvent être pris eux-mêmes dans la souffrance. De plus, beaucoup de femmes nient encore ces violences.

L’écoutant(e) doit déculpabiliser la personne et lui faire prendre conscience qu’elle est avant tout une victime. Ce qu’elle a vécu, ce n’est pas normal. Ensuite, elle peut l’orienter vers des services comme le nôtre où la victime trouvera un soutien et un accompagnement adapté à son rythme.

Que diriez vous à une personne victime de violence, qui aurait peur de mettre fin à une relation avec l’auteur des violences ?(Quel qu'en soit le motif : peur des représailles, problèmes liés au logement, aux enfants, conséquences économiques...)
C’est compliqué car chaque victime a ses propres barrières. Cela peut même être l’animal de compagnie. Souvent la peur de quitter le domicile familial est liée aux enfants. Les femmes pensent qu’il est important pour les enfants d’avoir un papa et une maman sous le même toit. Nous leur expliquons alors que le climat de violences est loin d’être idéal pour les enfants et que dans ce contexte, il est préférable d’avoir des parents séparés et un foyer calme et serein. Les mamans arrivent à quitter leur conjoint lorsqu’elles prennent conscience de l’impact des violences sur leurs enfants.

Il faut surtout rappeler qu’il y a toujours des solutions. On n’a jamais laissé une femme à la rue, jamais jusqu’à aujourd’hui. Quand une femme fait appel à notre association elle a la possibilité de ne plus être seule face à sa situation.

Quelles sont les démarches administratives qu’une personne doit effectuer si elle est victime de violences ?
Lorsqu’il y a des coups, l’important est de faire des certificats médicaux à la médecine légale ou auprès d’un médecin généraliste et de les mettre en lieu sûr. Ils pourront servir de preuve quand nécessaire, c’est important.

Le dépôt de plainte est possible mais c’est mieux s’il est réfléchi et préparé avec un professionnel. Des fois il vaut mieux attendre quelques mois afin que la victime soit prête et qu’elle soit à l’abri. Car avant tout, elle doit sauver sa peau. La sécurité physique prévaut à la plainte. Il peut être important que soient indiquées aux femmes les conséquences d’un dépôt de plainte afin qu’elles puissent se préparer.

Et quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une personne témoin ?
Tout dépend de la situation. En tant que voisin, si on entend une grosse crise, il faut appeler la police sans hésiter. Si on sait qu’un enfant est en danger, il y a obligation de le signaler aux autorités. Le plus simple est d’utiliser le 119, numéro vert “Allô enfance en danger”. Si c’est une amie, l’important est de rester présent(e), lui dire que quelle que soit sa décision, elle peut être hébergée sans problème, qu’il existe un numéro, le 3919, qui est gratuit et qui permet d’être écoutée et orientée vers une association spécialisée. Le tout est de respecter ses décisions personnelles, son cheminement. C’est elle qui fait ses choix.

La reconstruction de la personne victime : que diriez-vous à une personne qui pense que c’est inutile d’avoir recours à une aide psychologique ?
C’est une démarche très personnelle, il faut en avoir envie. C’est important mais pas indispensable. Il y a des femmes qui s’en sortent réellement sans aide psychologique, en reprenant une vie sans violence à travers de nouvelles unions notamment. Parfois le suivi psychologique peut juste aider à aller un  peu plus vite et surtout, à ne pas retomber dans des pièges de domination.

Il y a aussi des femmes pour qui il est difficile de reprendre le dessus tant elles ont été démolies. Il faut réussir à comprendre ce qui s’est passé pour retrouver un équilibre pour soi même. Le travail consiste à comprendre comment elles ont fait pour accepter ces violences, pourquoi elles n’ont pas su dire stop au bon moment, pouvoir déceler les petits signes avant l’engrenage, savoir jusqu’où elles mettent leurs limites. Certaines reproduisent un schéma et ne se retrouvent qu’avec des compagnons violents.

Enfin, il y a aussi le regard porté sur soi qui entre en jeu.

Retour sur l’action de l’association

Comment mesurez-vous les effet de vos actions sur les personnes que vous avez reçues ?
Nous avons des retours positifs, notamment de mamans et leurs enfants qui parviennent à mettre des mots sur leur vécu et celui des enfants, qui arrivent à parler de leur départ et surtout qui ont réussi à retrouver une certaine quiétude. Chacun retrouve sa place au sein de la famille.

Pour le côté prévention, les équipes enseignantes et pédagogiques ont compris qu’il est nécessaire d’aborder ce sujet. Permettre aux jeunes de s’exprimer sur l’égalité femmes-hommes est important car ils n’en ont jamais l’opportunité. Nous réussissons à remettre du sens à la mixité et les ambiances de classe s’en font souvent ressentir. Lors de nos interventions, nous mettons en place un processus de valorisation. Cela remotive même certains élèves qui étaient en décrochage scolaire. Après nos échanges, des groupes sont parfois mis en place pour réaliser des exposés. Les élèves demandent même à nous revoir !

Une réussite de l'association ?
Nous nous souvenons d’une famille avec une grande problématique de violences conjugales que nous avons accompagnée pendant quelques temps. Nous avions créé un partenariat avec un juge mais ce fut un chemin de longue haleine avec de nombreuses frayeurs. Les décisions de justice ont pris du temps et il a fallu gérer l’angoisse de la famille. Finalement, ils ont eu gain de cause et tout le monde s’est relevé. Les enfants ont maintenant plein de projets. C’est encourageant pour notre travail au quotidien.





Quel est le meilleur moyen pour vous contacter ? Peut -on venir directement dans votre local ?
Par téléphone au 09.71.55.23.12


Plus d’informations sur nos missions sur le site www.violencesconjugales5962.fr
Les accueils se feront sur rendez vous, dans la semaine suivant la prise de contact.
Nous recevrons dans un premier temps la mère seule et ensuite la mère et son enfant.

vendredi 14 juin 2013

Portrait associatif #1 / l'Echappée

Rencontre avec Anne Turlure, présidente de l’association

“L’Échappée"

association spécialisée dans les violences sexuelles



Zoom sur le parcours professionnel d’Anne Turlure...

Éducatrice spécialisée de formation, Anne Turlure a toujours travaillé dans le secteur social. Au début des années 2000, elle déplore un manque d’accompagnement des femmes victimes de viols.

La rencontre d’Hélène Duriez au Collectif Féministe Contre le Viol à Paris va donner une nouvelle dimension à son engagement féministe avec la création de l’association “l'Échappée” en 2011.

Au delà de son engagement, Anne suit aussi un master en sciences de l’éducation dans le but d’occuper par la suite, un poste de cadre dans le travail social.


Présentez nous votre association...

Anne Turlure, dites-nous quand et comment est née “L’Échappée” ?
C’est en 2010 que naît le projet de monter une association spécialisée dans les violences sexuelles. Une petite équipe de femmes se réunit alors autour d’Hélène et moi-même. Je deviens présidente de l’association et Hélène coordinatrice. L’activité débute ensuite au printemps 2011.

Nous voulions alors regrouper des compétences complémentaires (juriste, travailleurs sociaux, psychologue, avocate spécialisée...) afin de répondre au mieux aux besoin des femmes victimes de viols.

Quels en sont les objectifs, quels sont vos champs d’action ?
Nos objectifs principaux sont de lutter contre le viol, donner la parole aux femmes et plus généralement, contribuer à l’égalité femmes-hommes.

Pour les atteindre, nous avons plusieurs champs d’actions :
- L’accueil et l’écoute des victimes de viols et d’agressions sexuelles (femmes, hommes, enfants) ;
- L’information aux droits des victimes et l’accompagnement dans les démarches à suivre ;
- Le tenue d’un groupe de parole encadré par une psychologue et une éducatrice ;
- Des formations sur les violences et violences sexuelles à destination des travailleurs médicaux sociaux ;
- Des ateliers d’auto-défense ;
- Des activités culturelles  et des ateliers audiovisuels ouverts à tous.

Sur quels types de violences votre association intervient-elle ?
L'Échappée traite tous les types de violences (violences conjugales, viols, sexisme, violences sexuées...) mais nous sommes plus particulièrement spécialisées sur les violences sexuelles.

Quelles sont les spécificités de votre association ?
Notre principale spécificité, et revendication, est de proposer un accueil anonyme et gratuit, ouvert à toutes et à tous.
De plus, nous travaillons au rythme de chacun-e, en prenant le temps nécessaire. Une des premières choses que nous faisons est de vérifier que la personne est à l’abri de tout danger. 

Ensuite, le travail consiste à faire prendre conscience aux personnes qu’elles sont des victimes à part entière. Pour cela, nous nous appuyons sur des outils qui permettent de repérer les stratégies utilisées par les agresseurs.



Les violences

Comment définissez-vous la violence ? Et plus particulièrement la violence sexuelle ?
La violence va de la violence symbolique à la violence physique. Dans un premier temps, il y a tout ce que l‘on intègre depuis l’enfance et qui a des conséquences sur le rôle de la femme et de l’homme dans la société. Entendre par exemple “un homme ça ne pleure pas” a un impact sur le fait qu’il existe toujours des professions masculines et féminines. La violence c’est aussi les “canons de beauté” imposés, qui font que les femmes sont prêtes à subir toute sorte de tortures, du port de talons vous détruisant le dos à la sous-alimentation.

Ensuite, il y a les violences sexistes vécues par les femmes, mais aussi par les hommes. Lorsqu’une femme s’écrie “Mais tu n’es pas un homme !”, elle renvoie elle-même les schémas sexistes et patriarcaux, avec une domination du masculin sur le féminin.

La violence sexuelle s’exprime aussi dans les viols de guerre. Dans ces situations, ce qui domine c’est le désir d’humilier l’ennemi en violant aussi bien les hommes que les femmes. Les hommes sont violés dans le but de les rabaisser au rang de femmes. Dans les prisons, le même jeu de pouvoir s’exerce avec le viol des plus faibles, considérés alors comme “des gonzesses”.
Quant à la violence sexuelle que l’on peut voir au sein de la violence conjugale, elle est le résultat de différentes formes de violence. Elle passe par le dénigrement de l’autre ou encore la mise en avant du désir de l’homme qui décide de l’heure et du lieu du rapport sexuel.  La violence conjugale est aussi très fréquemment psychologique. Il n’y a pas de coup mais les conséquences n’en sont pas moins importantes. La femme en vient à intégrer qu’elle est “bête, nulle, qu’elle ne sait rien faire, qu’elle n’est pas désirable...”.

Enfin, la violence c’est le viol. Dans le monde, 1 femme sur 5 est victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie. La majorité des cas de viols et d’abus sexuels ont lieu avant 18 ans. C’est aussi 1 enfant sur 10 qui est victime d’abus sexuel, et dans 80% des cas, ce sont des petites filles. La plupart du temps, l’agresseur est connu de la victime. Le stéréotype du viol la nuit dans un parking par un marginal n’est pas vrai du tout. Le viol a lieu essentiellement dans le cercle familial (viol conjugal, viol par inceste...) ou en institution (le professeur, l’éducateur...). Rappelons que la définition du viol est : “Tout acte de pénétration”. Dans l’absolu, une femme qui viole un homme sans le pénétrer ne le violerait pas, ce serait une atteinte sexuelle. Un viol n’est pas forcément vaginal, une fellation forcée, c’est un viol. Une pénétration digitale est considérée également comme un viol. Je le dis car c’est souvent minimisé. Enfin, le viol est un crime, au même titre qu’un meurtre et qu’un acte de torture.

Dans tous les cas, la violence sexuelle est avant tout une logique de domination. Ce n’est pas une pulsion sexuelle mais une pulsion de domination. Une pulsion sexuelle c’est une pulsion de vie, mais cette pulsion là, c’est une pulsion de destruction !

Quelles situations rencontrez-vous le plus souvent ?
Nous rencontrons surtout des femmes qui ont été victimes de violences sexuelles dans l’enfance et qui viennent nous voir à l’âge adulte. Les victimes sont à 99% des femmes. Nous accueillons également beaucoup de personnes victimes de viols et notamment de viols conjugaux.

Quelles sont les difficultés les plus fréquentes ?
Le principal obstacle est l’emprise psychologique de l’agresseur sur la victime. Une victime peut quitter des dizaines de fois son agresseur et revenir chez lui. A l’Echappée, nous ouvrons toujours la porte, même si la victime revient 50 fois. On sait que ça fait partie du cycle des violences, et nous n’avons pas à juger les personnes. Les sentiments sont présents, c’est donc très compliqué pour les victimes de mettre fin à la relation. Pour les aider, nous insistons sur le fait que l’on n’a pas le droit de leur faire subir ces violences.

Un autre obstacle est le déni de justice. La parole des femmes est remise en cause dans les commissariats et ça c’est insupportable, c’est très dur à vivre. Aux femmes qui souhaitent porter plainte, nous sommes obligés de leur dire qu’il y a de grandes chances que l’affaire soit classée. Et ce n’est pas facile à dire.

A l’Echappée, on croit toujours les victimes, on ne remet jamais leur parole en doute. Jamais. C’est une posture.



Dites nous quelles sont les démarches à suivre, vers qui on peut se tourner ?

Quel premier conseil donnez-vous à une femme victime de violence ?
Il faut en parler à un-e ami-e, à qui que ce soit. Il ne faut surtout pas rester seul avec ça. Ensuite, il faut prendre contact avec un professionnel (en particulier si la personne a été victime de viol, car les conséquences sont nombreuses).

Ensuite, il faut commencer par mettre ses papiers et son argent à l’abri. Avoir les numéros d’urgence sur soi, mettre les voisins dans la confidence si on peut, créer son réseau. Il faut penser l’urgence, en prenant en compte les enfants.

Vers qui une personne peut-elle se diriger, ne serait-ce que pour être entendue lorsqu’elle pense être victime de violence ?
Les numéros verts, SOS viol, L’Échappée, le CIDFF, l’association Louise Michelle... Mais aussi le commissariat où normalement il doit y avoir à chaque fois un référent “violences conjugales”. Si une victime veut porter plainte, elle peut demander à s’adresser directement à ce référent et prendre rendez-vous.

Que diriez vous à une personne victime de violence, qui aurait peur de mettre fin à une relation avec l’auteur des violences ?(Quel qu'en soit le motif: peur des représailles, problèmes liés au logement, aux enfants, conséquences économiques...)
Nous utilisons des outils pour montrer au victimes comment fonctionne le cycle des violences. On leur explique comment la violence s’installe dans tous les domaines de la vie. C’est un long travail de déconstruction. Nous voulons qu’elles reprennent confiance en elles. La violence conjugale fonctionne par cycle, il y a des phases apaisées, la lune de miel, la tension qui monte, puis l’explosion, les excuses, la culpabilité et ainsi de suite. L’amour est ré-alimenté par les phases de lune de miel, avec l’espoir que la violence va s’arrêter. Nous leur renvoyons qu’il ne faut pas espérer que ça changera. Il y a tout un travail de valorisation des compétences, sur ce que la personne victime sait faire et est capable de faire.

Quelles sont les démarches administratives qu’une personne doit effectuer si elle est victime de violences ?
Elle peut, si elle le souhaite, porter plainte. S’il y a urgence, on peut demander une ordonnance de protection en interpellant le responsable violences du commissariat. S’il n’y a pas d’urgence, si la personne est à l’abri, on gagne beaucoup en prenant le temps de préparer au mieux sa déposition. A l’Échappée nous conseillons avant tout de prendre un rendez vous avec un avocat.

Et quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une personne témoin ?
S’il s’agit de mineur il y a obligation de signalement, sinon on est complice. La non-assistance à personne en danger s’applique à tous, ne l’oublions pas.

Si l’on veut aider quelqu’un qui a été victime de violences sexuelles, la première chose à faire et de ne pas parler à sa place. C’est quelqu’un qu’on a dépossédé de tout, il faut donc la laisser s’exprimer, la respecter, la laisser faire ses choix. Elle a d’abord besoin de retrouver son propre pouvoir.  Il ne faut pas ajouter de la violence à la violence “Je vais aller lui casser la figure”, ne surtout pas culpabiliser la victime “Pourquoi tu lui as ouvert ? Pourquoi es-tu allée boire un verre avec lui/elle? “... Il faut surtout rappeler que l’agresseur n’avait pas le droit de faire ça. Il faut placer les responsabilités là ou elles sont, croire la victime, ne pas remettre en doute sa parole.

Puis en tant que témoin, il faut savoir connaître ses propres limites, on ne peut pas tout entendre. Il ne faut pas hésiter à orienter la personne vers des associations de prises en charge, en l’aidant à se mettre à l’abri.

La reconstruction de la personne victime : que diriez-vous à une personne qui pense que c’est inutile d’avoir recours à une aide psychologique ?
Tout le monde n’a pas forcément besoin d’aller voir un psychologue même si dans la majorité des cas, ça fait du bien. Il y a des personnes plus résiliantes que d’autres. Il y a aussi des thérapies différentes, il faut les adapter selon les besoins. Mais il est vrai que plus on agit tôt, plus le travail sera facilité.


Retour sur l’action de l’association

Comment mesurez-vous les effet de vos actions sur les personnes que vous avez reçu ?
Nous avons un outil d’évaluation et d’observation qui nous permet de mesurer nos actions. Le suivi n’est pas forcément long car on peut aussi déléguer vers un psychologue ou un avocat. Certaines personnes ont besoin de plus de temps, comme les personnes dans le déni.

Nous estimons avoir fait notre travail une fois que la personne est à l’abri, que les démarches juridiques ont été étudiées, quand la personne a pu porter plainte si elle le souhaitait et qu’il y a une approche thérapeutique.

Une réussite de l'association ?
Au début de l’association il n’ y avait que deux écoutantes bénévoles. Aujourd’hui l’équipe s’est agrandie. L’écoute est notre cœur de mission. Malgré le peu de subvention, nous recevons de plus en plus de personnes grâce à l’implication des bénévoles. Nous avons réussi à élargir notre public à la sphère LGBT. Sur l’année 2011- 2012, nous avons eu 95 suivis, sans compter les interventions ponctuelles.

Une autre réussite est le développement de nouvelles action avec les ateliers d’auto-défense par exemple.


Quel est le meilleur moyen pour vous contacter ? Peut-on venir directement dans votre local ?
D’abord, sachez que nous recevons toutes les personnes, sans aucune discrimination (religion, handicap, travailleuse du sexes...).

Le plus simple est de téléphoner au 06.30.89.27.33 du lundi au vendredi de 9h à 18h.
Un rendez-vous sera donné dans les jours qui suivent. Les femmes de plus de 12 ans peuvent aussi venir directement à la permanence le vendredi après midi chez Les Violettes, 19 place Vanhoenacker (métro Porte d'Arras) à Lille. 
Les hommes et les mineur-e-s de moins de 12 ans doivent prendre rendez-vous directement.