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dimanche 8 mars 2015

Le National Museum of Women in the Arts récompensé par le Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes 2015




Le Prix Simone de Beauvoir, crée en 2008 à l’initiative de Julia Kristeva à l’occasion du 100ème anniversaire de la naissance de Simone de Beauvoir (9 janvier 1908), est une récompense française décernée à l’origine aux femmes et aux hommes qui, selon le jury, ont contribué par leur œuvre et leur action à promouvoir la liberté des femmes dans le monde. Son jury international, présidé par la journaliste Josyane Savigneau, est composé de trente personnalités 1 issues d’horizons divers.


 
Le 9 janvier dernier, et cela pour la première fois depuis sa création, le Prix Simone de Beauvoir a récompensé une institution : le National Museum of Women in the Arts (NMWA) de Washington, seul musée au monde dédié exclusivement à la reconnaissance du talent d’artistes femmes, dans toutes les disciplines de l’art (peinture, sculpture, musique, littérature, cinéma, photographie, design…).



 NMWA / Washington DC

L’histoire de ce musée commence dans les années 1960 lorsque Wilhelmina Cole Holladay et Wallace F. Holladay débutent une collection d’œuvres d’art exécutées par des femmes et que, comme d’autres chercheurs et historiens d’art de cette époque, ils commencent à se poser des questions sur la sous-représentation des femmes de divers groupes raciaux et ethniques 2 dans les collections des grands musées et grandes expositions.


 Wallace F. et Wilhelmina Cole Holladay.
 
En 1980, Wilhelmina Cole Holladay a l’idée d’ouvrir un musée dédié à la créativité artistique des femmes et c’est en novembre 1981 que le NMWA est créé. La Collection Holladay devient alors le fonds de la collection de ce musée privé, à but non lucratif. Le NMWA ouvre ses portes au grand public au printemps 1987 avec son exposition inaugurale « American Women Artist 1830-1930 », rétrospective organisée par Eleanor Tufts, célèbre historienne d’art particulièrement reconnue pour ses compétences dans le domaine des artistes femmes.



Si jusqu’à présent le Prix Simone de Beauvoir a principalement récompensé des écrivaines et des militantes engagées dans différentes luttes pour les droits des femmes, on peut alors se demander pourquoi cette année ce Prix est remis à ce grand musée privé ?



En réalité, la remise de cette récompense au NMWA soulève la question de la présence des artistes femmes dans les musées et galeries d’art, mais plus généralement dans le domaine des arts et de la culture.



On peut évidemment admirer beaucoup de femmes dans les musées. Elles sont très représentées, voire surreprésentées même. Mais de quelle manière ? Nues, en déesse, en Sainte, en pécheresse,… mais beaucoup plus rarement comme auteures d’œuvres.



La place des femmes et l’égalité dans les domaines culturels et artistiques sont loin d’être résolues comme on pourrait parfois le croire. Les créations des femmes ne sont pas reconnues à l’égal de celles des hommes.



Pour exemple, on peut évoquer le temps qu’il a fallu pour reconnaître à sa juste valeur l’œuvre de Camille Claudel. On pourrait aussi parler de Sonia Delaunay que l’on associe encore très souvent à son mari Robert Delaunay. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter sa notice Wikipedia. En effet, on peut y lire :

« Toujours associée à son mari Robert dans la peinture, la mode, ou des aventures monumentales comme la fresque destinée au Palais des chemins de fer pour l'Exposition internationale de 1937, elle est souvent exposée avec lui au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, auquel elle a fait plusieurs donations » (notice consultée le 21 février 2015).

On pourrait évoquer également le prix des œuvres en fonction que l’on soit une ou un artiste. A titre d’exemple toujours : quand en 2013 le Balloon Dog de Jeff Koons se vend 58,4 million de dollars, la sculpture d’araignée de Louise Bourgeois intitulée Maman se vend 10,7 million de dollars en 2011, un prix record pour l’artiste mais aussi le prix le plus élevé payé pour une œuvre d’artiste femme.



Balloon Dog / Jeff Koons


 Maman / Louise Bourgeois


A n’en pas douter, le plafond de verre, les inégalités et la discrimination à l’encontre des femmes sont, comme dans le reste de la société, bien présents dans les milieux culturels et artistiques.



En France, le rapport commandité par la Délégation des Droits des femmes remis au sénat en 2013 3 ne dit rien d’autre. Ce rapport nous apprend entre autre que 84 % des théâtres cofinancés par l’Etat sont dirigés par des hommes, ainsi que 94 % des orchestres et 86 % des établissements artistiques.



Il nous apprend également que parmi les acquisitions des fonds d’art contemporain pour les années 2011 et 2012, la part des artistes femmes est inférieure à 30 %.



Paradoxalement, depuis les années 2000, 60 % des artistes diplômé-e-s des écoles des Beaux-arts en France sont des filles. A l’Université, les disciplines artistiques sont également très féminisées. Mais que deviennent ces femmes ? Pourquoi n’en retrouvons-nous pas plus dans le domaine culturel et artistique ?



Le Prix Simone de Beauvoir honore donc cette année un combat pour la défense et la visibilité de la création des artistes femmes dans le monde entier.



Certes dans le monde de l’art, les femmes, sujets plutôt qu’objets, sont plus visibles qu’autrefois. Ces dernières années, en France, les évènements culturels entièrement dédiés aux artistes femmes n’ont pas manqué. En 2009, il y a eu l’exposition elles@centrepompidou. Plus proche de nous, l’exposition Niki de Saint-Phalle au Grand Palais et celle consacrée à Sonia Delaunay au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, qui viennent toutes deux de fermer leurs portes. L’an prochain, il y aura également une grande exposition consacrée à Elisabeth Vigée Le Brun au Grand Palais (du 23 sept. 2015 au 11 janv. 2016).



Tous ces évènements sont évidemment très importants. Ils nous montrent que les choses avancent mais (parce qu’il y a toujours un « mais » quand il s’agit de l’égalité F/H) en y regardant de plus près, les statistiques nous prouvent que les expositions d’artistes femmes sont encore très minoritaires et qu’elles sont toujours largement sous-représentées, en tant qu’auteures d’œuvres, dans les musées, galeries et grandes expositions.



Les combats des féministes sont nombreux (égalité salariale, viol, violences faites aux femmes, sexisme,…). Le combat pour que les artistes femmes du passé, du présent et du futur obtiennent la place et la reconnaissance qu’elles méritent n’en est qu’un de plus. Le talent et le génie créatif ne sont pas l’apanage des hommes, faisons le savoir !


Laurence

1 – Composition du jury « Prix Simone de Beauvoir » 2015 : Josyane Savigneau (présidente du jury, journaliste au Monde), Julia Kristeva (présidente fondatrice, professeur université Paris Diderot, écrivain et psychanalyste), Sylvie Le Bon de Beauvoir (présidente d’honneur du jury), Élisabeth Badinter (philosophe), Gérard Bonal (écrivain),Constance Borde (co-auteure de la traduction en anglais du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir),Denis Charbit (professeur de civilisation française à l’universitéde Tel Aviv),Cécile Decousu (doctorante à l’université Paris Diderot), Annie Ernaux (écrivaine),Claire Etcherelli (écrivaine), Madeleine Gobeil-Noel (ancienne directrice des Arts à l’Unesco), Sihem Habchi (ex-présidente de « Ni pute ni soumise »), Liliane Kandel (sociologue), Ayse Kiran (docteure, université de Haceteppe, Ankara, Turquie), Claude Lanzmann (écrivain, cinéaste et directeur de la revue Les Temps Modernes), Bjorn Larsson (écrivain, professeur, université de Lund, Suède), Liliane Lazar (Simone de Beauvoir Society, États Unis), Annette Lévy-Willard (journaliste à Libération, écrivain), Anne-Marie Lizin (sénatrice, présidente du Conseil des femmes de Wallonie, Belgique), Frédéric Maget (écrivain), Sheila Malovany-Chevallier (co-auteure de la traduction en anglais du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir), Kate Millett (écrivaine, artiste peintre et sculpteur, États Unis), Yvette Roudy (Ministre des Droits de la femme de mai 1981 à1986), Danièle Sallenave (écrivaine), Alice Schwarzer (écrivaine, Allemagne), Margaret Simons (professeure de philosophie, Southern Illinois University, États-Unis), Annie Sugier (présidente de la Ligue internationale du droit des femmes), Linda Weil-Curiel (avocate), Anne Zelensky (écrivaine, présidente de la Ligue du droit des femmes, cofondée avec Simone de Beauvoir)

2 – Pour en savoir plus sur l’intersectionalité : http://www.relais-femmes.qc.ca/files/CRI-VIFF-Regards_sur_intersectionnalite.pdf (consulté le 21 février 2015).

3 - Rapport d’information fait au nom de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes sur le thème « La place des femmes dans l’art et la culture » - N° 704 – Sénat, session ordinaire de 2012-2013.

Sources :

Wikipedia : Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes : http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Simone_de_Beauvoir_pour_la_libert%C3%A9_des_femmes (consultée le 21 février 2015)

Discours de Josyane Savigneau (présidente du prix Simone de Beauvoir), Christine Clerici (présidente de l’université Paris Diderot), Anne Tallineau (directrice générale déléguée de l’Institut Français), Sheila Malovany-Chevallier (membre du jury), Constance Borde (membre du jury), Susan Fisher Sterling (directrice du National Museum of Women in the Arts), prononcés lors de la remise du Prix Simone de Beauvoir au Musée d’Art Moderne de Paris le 9 janvier 2015. https://www.youtube.com/watch?v=EnmBevk6m0M (consulté le 21 février 2015)

Article « L’art au centre du Prix Simone de Beauvoir  pour la liberté des femmes » :http://www.rfi.fr/ameriques/20150109-art-centre-prix-simone-beauvoir-liberte-femmes-2015-national-museum-women-in-the-arts-washington/ (publié le 9 janvier 2015)

Site officiel du NMWA : http://nmwa.org/

Site officiel Les amis du NMWA : http://www.lesamisdunmwa.fr/NMWA.html

Wikipedia Sonia Delaunay : http://fr.wikipedia.org/wiki/Sonia_Delaunay (consultée le 21 février 2015)

Article « Jeff Koons s’expose au centre Pompidou jusqu’en avril » : http://www.gentlemale.fr/407500/jeff-koons-expose-centre-pompidou-avril.html  (publié le 27 novembre 2014)

Article « Louise Bourgeois, la sculptrice contemporaine » : http://www.contemporaine.org/louise-bourgeois.html (consulté le 21 février 2015)

Article : Prix Simone de Beauvoir 2015 : « Plus de liberté pour les femmes… et pour nous tous. »
Publié le 14/01/15 sur le site Université Paris Diderot  http://www.univ-paris-diderot.fr/sc/site.php?bc=accueil&np=pageActu&ref=6881

samedi 26 avril 2014

La musique est-elle sexiste ?

Où sont les femmes cheffes(1) d’orchestre ?


« Où sont les femmes ? » Une étude de la SACD(2) (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) publiée en juillet 2013 met en évidence le fait que dans le milieu culturel, supposé ouvert, avant-gardiste et moderne, la situation femmes-hommes est tout aussi inégalitaire, voire davantage que dans les autres aspects de notre société. 

On pense souvent que la danse est plutôt égalitaire, on connaît des chorégraphes femmes célèbres (Isadora Duncan, Pina Bausch…), mais les chiffres démentent cette impression :

  • 82% de filles dans les classes de danse 
  • 35% de chorégraphes femmes

Dans le domaine musical, l’écart est encore plus flagrant :

  • 55% de filles dans les conservatoires
  • 25% de filles dans les classes de direction d’orchestre
  • 3% de cheffes d’orchestre pour la saison 2013-14 en France

Où sont passées les jeunes filles qui réussissent si bien leur scolarité ? Pourquoi ne sont-elles pas aussi nombreuses que les garçons au poste de cheffe d’orchestre ?


Zahia Ziouani, cheffe d'orchestre de l'Orchestre Symphonique Divertimento

L’avis d’un homme


Dans une récente interview sur France Musique(3) qui a fait grand bruit, le compositeur Bruno Mantovani en évoque les raisons : le métier est « difficile », « compliqué », « fatigant », la femme est peu disponible à cause du « service après-vente de la maternité » (sic !) et peu motivée pour les postes de direction. Devant l’indignation que ces propos ont soulevé, M. Mantovani soutient qu’il ne fait que reprendre les arguments des femmes qu’il côtoie. Si c’est vraiment le cas, inquiétons-nous ! Les femmes auraient-elles une si piètre image d’elles-mêmes ? Manqueraient-elles à ce point de confiance en elles qu’elles se refusent à envisager la carrière de cheffe ? Le fait d’avoir des enfants est-il réellement incompatible avec ce métier ? Rappelons que la durée du congé maternité représente 1,5% de la carrière d’une femme ayant 2 enfants(4) et qu’un père a autant de devoir envers son enfant qu’une mère !


L’avis d’une femme


Quand on écoute les propos de femmes cheffes d’orchestre, le son de cloche est bien différent : s’il n’y a que 3% des concerts et spectacles dirigés par une femme, ce n’est pas par manque de compétences, c’est parce qu’il est très difficile pour une femme de se faire un nom dans ce métier exigeant, car l’image d’un chef est avant tout une image virile. Claire Gibault, la 1e cheffe d’orchestre professionnelle (elle a commencé en 1969) le décrit très bien(5) :

« Le chef d’orchestre est le père : il domine par sa position debout, sur l’estrade, au-dessus des musiciens assis; il décide du tempo et il est le seul à avoir la partition complète de l’œuvre. Sans oublier les symboles de virilité : la queue-de-pie et la baguette, objets éminemment phalliques. Une “jeune fille convenable” ne peut pas extérioriser cette sensualité et emmener l’orchestre dans cette vague de plaisir. Il faut “mouiller sa chemise”, avoir du souffle, du muscle, une résistance physique et nerveuse à toute épreuve : rien à voir avec ce que l’on attend d’une femme. Du moins, dans ce monde d’hommes qu’était la musique. » 


Claire Gibault, 1ère cheffe d'orchestre professionnelle

Et l’est encore, hélas. Laurence Equilbey ou Emmanuelle Haïm, cheffes de renommée internationale elles aussi, montent régulièrement au créneau pour défendre la place des femmes dans ce métier. A la question « Vous sentez-vous femme avant d’être artiste ou l’inverse ?(6) » Laurence Equilbey répond : « je me sens artiste tout d'abord bien sûr. On se sent femme très vite, car les difficultés pour être reconnue et prise au sérieux sont multiples lorsqu'on est une femme. » Mais aurait-on posé la même question à un homme ? On voit que même dans le choix des questions des journalistes, le rôle de femme est mis en concurrence avec celui d’artiste. Cette question ne devrait pas être posée…

Thème masculin vs thème féminin


La musique serait donc un monde d’hommes ? Est-elle par essence sexiste ou n’est-elle que le reflet d’une société ? Considérons les « thème masculin » et « thème féminin », cette notion d’analyse encore enseignée dans les conservatoires, notion héritée du 19e siècle, que l’on trouve surtout dans les œuvres de Beethoven. 

Vincent d’Indy publie en 1912 son Cours de composition, dans lequel on peut lire :

« Force et énergie, concision et netteté : tels sont à peu près invariablement les caractères d’essence masculine appartenant à la première idée : elle s’impose en rythmes vigoureux et brusques (…). La seconde idée au contraire, toute de douceur et de grâce mélodique, affecte presque toujours par sa prolixité et son indétermination modulante des allures éminemment féminines : souple et élégante (…). Telle paraît être du moins, dans les sonates comme dans la vie, la loi commune. »

L’homme serait donc par nature vigoureux et brusque et saurait s’imposer, quand la femme serait indéterminée, souple et élégante ? Quels clichés ! Comment peut-on au 21e siècle, après des décennies de « libéralisation de la femme », utiliser sans ciller ce vocabulaire caricatural dans les cours d’analyse musicale ?

Le choix d’un instrument de musique est-il sexué ?


Si certains aspects des œuvres musicales peuvent être perçus comme sexués, qu’en est-il des instruments choisis par les interprètes ? 

Prenons 100 élèves d’une section musicale spécialisée(7) et observons la répartition des instruments selon le sexe. Les garçons choisissent à 63% les instruments sonores (cor, trompette, trombone, tuba, percussion), alors que les filles ne sont que 8% dans ces classes. Elles optent à plus de 50% pour les cordes (violon, alto, violoncelle, harpe…). Y aurait-il des instruments plus masculins que d’autres ? Ou plus féminins ? Ce n’est pas une question de compétence ou d’aptitude physique, mais bien de culture, d’habitude fondée sur… rien de mesurable. 

Une étude(8) effectuée dans le cadre d’une thèse de doctorat en anthropologie corrobore cet état de fait : l’image d’un instrument est fortement genrée. La flûte et la harpe sont ainsi qualifiées de « jolies », « douces », « gracieuses » quand les percussions et les cuivres sont décrits comme nécessitant de « l’endurance » et constituant même une « agression sonore » ! 

Dans les orchestres symphoniques professionnels, jusque dans les années 1970, on ne trouve que des hommes, y compris aux pupitres de violon ou de flûte. De nos jours encore, même s’il y a une petite proportion de filles dans les classes de cuivre des conservatoires, il y en a très peu dans les orchestres professionnels (voire aucune : cf. orchestres de Lille, Lyon, Bordeaux, Pays de Loire…). Est-ce un hasard ?

Plus grave, on conseillerait même aux candidates qui se présentent dans les concours derrière un paravent (pour préserver l’anonymat) de se chausser de souliers lourds, sans talon, pour masculiniser leur démarche afin de ne pas donner d’a priori négatif au jury !

Et les compositrices ?


Comme les cheffes, elles sont extrêmement minoritaires (autour de 3%), et ont dû faire preuve de beaucoup de ténacité pour s’imposer dans le milieu. La compositrice finlandaise Kaija Saariaho, qui vit en France depuis de nombreuses années, témoigne : 

« J’ai dû subir de multiples vexations de la part de vieux messieurs, morts aujourd’hui. Ces gens ne voulaient pas me prendre pour élève, parce qu’ils étaient trop occupés et considéraient qu’une jolie fille devait se marier rapidement, faire des enfants, et donc n’avait pas besoin de leur enseignement. D’autres refusaient d’interpréter ma musique, et même riaient beaucoup à cette idée, ridicule pour eux. (…) Je me dois de rappeler le manque d’égalité et les attitudes absurdes qui existent encore aujourd’hui, en France plus que dans bien d’autres pays malheureusement. »


Kaija Saariaho, compositrice
© Priska Ketterer Luzern

Quels obstacles, quelles solutions ?


Il semble que le premier obstacle à l’accession des femmes aux postes de cheffe d’orchestre soit l’autocensure. Mais qui aurait envie spontanément d’affronter les situations humiliantes qu’ont connues certaines femmes pionnières ? 

L’orchestre de Vienne, certes particulièrement conservateur (et à l’époque, constitué exclusivement d’hommes), a catégoriquement refusé en 1989 d’être dirigé par une femme (Claire Gibault était alors l’assistante de Claudio Abbado). Plus près de nous, à Paris, en 2006, l’Orchestre de Radio France a également refusé d’être dirigé par Claire Gibault pour l’opéra Pelléas et Mélisande de Debussy, sous prétexte que cette œuvre est « trop importante pour être dirigée par une femme(9) » ! Marin Alsop, la cheffe américaine au prénom mixte, a entendu régulièrement des réflexions de surprise à son arrivée au pupitre (« mais, c’est une femme ! ») et l’annonce de sa direction du prestigieux concert de clôture des Proms à Londres en 2013(10) a suscité de nombreux articles, comme si c’était un événement incongru ! Il est vrai que c’est la 1e femme ayant dirigé ce concert depuis la création de ce célèbre festival, il y a… 118 ans. 

Le chef russe Vassily Petrenko a même récemment déclaré que « les musiciens réagissent mieux quand ils sont dirigés par un homme », parce qu’ « une jolie femme les distrait » !

Les femmes cheffes doivent en général créer leur propre orchestre pour pouvoir travailler. C’est le cas par exemple d’Emmanuelle Haïm avec le Concert d’Astrée (en résidence à l’opéra de Lille depuis 2004), de Laurence Equilbey avec Insula Orchestra, de Nathalie Stutzmann avec Orfeo 55. Elle doivent en outre se contenter de se faire un nom dans les créneaux qui sont moins prisés par les hommes : la musique baroque ou la musique contemporaine, comme Susanna Mälkki et l’Ensemble Intercontemporain. Diriger une symphonie de Mahler reste une affaire masculine… Peut-être pour rester dans la tonalité de ce compositeur qui déclarait à sa fiancée Alma Schindler, elle-même artiste, peu avant leur mariage : « Les rôles doivent être bien distribués : celui du compositeur, celui qui travaille m’incombe. (…) Tu dois soumettre ta vie future à mes besoins et ne rien désirer que mon amour !(11) »

Comment, dans ces conditions, les jeunes filles pourraient-elles être attirées par le métier particulièrement exposé de cheffe d’orchestre ? Le peu de modèles, comme dans d’autres secteurs (politique, économique), ne pousse pas les filles dans cette branche de la musique. En outre, c’est un métier qui exige une grande confiance en soi. Or dans l’éducation, qu’elle soit familiale ou scolaire, on n’encourage pas assez les filles à prendre leur place, ni dans l’espace, ni face à un groupe(12). Il est temps de dénoncer et de corriger ce déséquilibre infondé. L’actuelle opération ABCD de l’égalité initiée dans les écoles primaires devrait y aider. 

« Les stéréotypes sont aux fondements de la plupart des inégalités (…). Ils vont influer sur les choix de formation et auront un impact sur le parcours professionnel. C’est pourquoi ils doivent être déconstruits. » (13)

Mêmes si les lois sont là, les habitudes sont tenaces. Comme le disait Albert Einstein : « Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu’un atome. » 

Difficile, certes, mais pas impossible, n’est-ce pas ?

Marie-Françoise, OLF59, Mars 2014



1 - Cette orthographe est courante depuis plusieurs années en Suisse et en Belgique et commence à faire (enfin !) son apparition en France.

2 - http://www.ousontlesfemmes.org/

3 - https://soundcloud.com/france-musique/bruno-mantovani-directeur-du Bruno Mantovani est par ailleurs directeur du plus prestigieux établissement d’enseignement de la musique de France, le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris


4 - Brigitte Grésy Petit traité contre le sexisme ordinaire, éd. Albin Michel, p.135

5 - Interview dans le magazine Psychologies de novembre 2010

6 - http://toutelaculture.com interview de Laurence Equilbey

7 - Etude effectuée par l’auteure sur la section TMD de Lille. (TMD = technique de la musique et de la danse)

8 - De la harpe au trombone : Apprentissage instrumental et construction de genre de Catherine Monnot, Presses universitaires de Rennes, 2012

9 - Propos cités dans L’égalité professionnelle entre hommes et femmes : une gageure de Josette Coenen-Huther, éd. L’Harmattan, 2009, p.90.


11 - Cité par Agnès Boucher in Comment exister aux côtés d’un génie ?, éd. Harmattan

12 - Cf. la revue N’autre école n°36 « La pédagogie contre le sexisme »

13 - Barbara Pompili, Assemblée nationale, rapport de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, 11 déc 2013.

lundi 7 avril 2014

Retour sur la journée internationale des femmes

La Journée internationale des femmes est issue de l'histoire des luttes féministes menées sur les continents européen et américain. En 1910 à Copenhague, l'Internationale socialiste adopte l'idée d'une « Journée internationale des femmes » sur une proposition de Clara Zetkin (Parti social-démocrate d'Allemagne) sans qu’une date ne soit fixée. Le 8 Mars 1921, Lénine décide d’une Journée internationale des femmes, dont il fixe la date, le 8 mars, en souvenir des femmes qui manifestèrent les premières le 8 mars 1917, à Petrograd, lors du déclenchement de la révolution russe. Au cours de l’Année internationale de la femme, en 1975, l’ONU célèbre pour la première fois, le 8 mars, la Journée internationale de la femme. Deux ans plus tard, en décembre 1977, l’Assemblée générale des Nations Unies adopte une résolution proclamant la « Journée des Nations Unies pour les droits des femmes et la paix internationale », le 8 mars.

Chaque année, les associations féministes profitent de cette journée pour rappeler les inégalités subies par les femmes encore aujourd’hui. Cette année à Lille, après plusieurs mois de préparation, le Collectif 8 mars (un ensemble d’associations féministes ou engagées pour la cause des femmes) a fait de cette journée un événement militant fort et festif. Osez le féminisme ! 59 qui a joué un rôle majeur dans l’organisation vous fait un retour sur cette journée.

La journée a commencé par une marche engagée à laquelle se sont joints syndicats et partis politiques. Parties de la place de l’Opéra pour rejoindre la gare Saint-Sauveur, nous étions 400 personnes, femmes et hommes, rassemblées derrière la banderole « Journée Internationale des femmes – Collectif 8 mars », scandant des slogans tels que « Des centres IVG, pas d’aiguilles à tricoter ! » ou encore « Même travail, même salaire ! ».

Cette marche a été suivie d’un forum des associations auquel Osez le féminisme ! 59 a participé. La tenue de ce stand nous a permis de rencontrer de nouvelles personnes, de présenter notre association ainsi que nos dernières actions.

L’ensemble de cette journée (qui a duré jusqu’à minuit) a été ponctuée de divers spectacles, mettant à l'honneur la créativité et l'engagement des femmes de la région. Expositions, improvisations, théâtre, lecture, conte, slam et concert pour clore cette édition 2014 en beauté !

Attribuer une journée sur 365 à la défense de la cause des femmes peut paraître insignifiant et il est clair que notre action ne se limite pas à cette journée. Cependant, ce rendez-vous annuel a le mérite de mobiliser des féministes de tous bords et le Collectif 8 mars à Lille en est un bel exemple. Travailler conjointement avec plusieurs associations nous a permis de donner plus d’ampleur à cet évènement et d’assurer une meilleure diffusion de nos messages et revendications. Bref, ce 8 mars a été une magnifique journée !

Merci à tou-te-s les militant-e-s et tous les sympathisant-e-s qui nous ont accompagné-e-s ou rencontré-e-s ce 8 mars 2014 ! Et rendez-vous pour une nouvelle édition en 2015 !

https://plus.google.com/u/0/photos/108495541305308596014/albums/5991471152253455809


jeudi 20 février 2014

Journée Internationale des femmes 2014



































 
L'appel du Collectif du 8 mars
Journée internationale des femmes

Manifestons pour les droits et les libertés des femmes, prenons le temps de la réflexion et de la fête ensemble. Pour dire non aux discriminations et aux violences sexistes, à la féminisation de la pauvreté. Pour affirmer l’égalité des sexes et les droits des femmes.



LE SAMEDI 8 MARS 2014 !

UNE JOURNÉE OUVERTE À TOUTES ET À TOUS


Une marche engagée et plurielle
Rendez-vous Place de l’Opéra à Lille, prise de parole et départ à 14h30
 
Danse, contes, théatre, slam, musique,
performances, exposition ... *
RDV à partir de 16h à Saint-Sauveur, Bd Jean-Baptiste Lebas
*GRATUIT

>>> LIRE L'APPEL


Programmation détaillée de la journée :

14h30
Marche engagée et plurielle au départ de la place de l'Opéra à Lille


16h00
- Forum des associations 
avec Chez Violette, J'en suis j'y reste, les flamands roses, RIFEN, SOS homophobie, Osez le féminisme ! 59, Le planning familial, Ecoute Brunehaut, Femmes Solidaires, l'Observatoire de la parité, Du côté des femmes, Libres Mariannes, Sud éducation, la Maison des femmes, R.E.I.N.E.S de femmes, La ligue des droits de l'Homme.

- Expositions photos
"Des larmes miel lavande" de Meilo et Julie
"Féministes tant qu'il le faudra !", retour en images sur le Collectif 8 Mars 2013, de Floriane Cornard



16h20-16h35
Audrey George / Carole Jeanne / Sarah Nouveau
Sœurs - trois femmes, trois pratiques (danse - voix - dessin) se croisent le temps d’une improvisation.



16h50-17h10
Sainte Jeanne de la décentralisation - Collectif XXY
http://collectifxxy.fr/finale-deluxe-2/ste-jeanne.html
(tout public)


17h20-17h35
Audrey George / Carole Jeanne / Sarah Nouveau



17h45-18h45
Ma chère Alice – Cie La minuscule mécanique
http://minuscule-mecanique.fr/ma-chere-alice/
(à partir de 9 ans)


19h00-19h15
Audrey George / Carole Jeanne / Sarah Nouveau 



19h30-20h00
Et puis ça fait bête d'être triste en maillot de bain – Amandine Dhée et Saso
http://slam-lille.com/projets/spectacle/et-puis-ca-fait-bete-detre-triste-en-maillot-de-bain
(tout public)


20h15-20h35
Bollywood – association Lumières de l'Inde
https://www.facebook.com/pages/Association-Lumi%C3%A8res-de-lInde/196335251135


20h45-21h45
Féminitude – Cie L'ouïe dire (Dominique Gallois)
(adulte)


22h30-23h00
Nyctalope – Law et Camille
http://slam-lille.com/agenda/performance-de-lawrible
(adulte)


23h00-00h00
Pin up butter
https://www.facebook.com/pinupbuttermusic